Lifetime //2 {une soirée doublement étoilée}

Majestueuse, c’est avant tout une maison. Incontournable, c’est une histoire, celle de Fernand Point qui reprend l’établissement de son père et le rebaptise La Pyramide en 1925. Un établissement construit hors des sentiers battus, reprit en 1989 par Patrick Henriroux, qui officie depuis en cuisine, fidèle à l’esprit de la maison. Lui et son équipe de passionnés vous accueillent dans un cadre rénové au design épuré mais le lieu reste chaleureux et l’on s’y sent bien. Récit d’un moment magique, mémorable, pour une soirée un peu spéciale…

Quelques pas, quelques marches… Les larges portes de verres noires ne laissent rien paraître. A votre approche, elles s’effacent et vous découvrez la vaste salle à manger qui se décline en trois nuances : jaune citron, cuir et noir (j’apprendrai plus tard qu’elle est l’oeuvre du designer Regis Dho). La cave de grands crus est nichée au fond de la salle, dissimulée derrière une paroi de verre fumé. On perçoit à peine les contours des bouteilles qui y sommeillent. Parmi elles, certaines sont « collector » et l’héritage précieux de Fernand Point comme un Château Lafite Rothschild 1945… L’ambiance est sereine, l’immense plafond façonné de courbes rondes, diffuse une lumière douce et discrète que l’on devine parfaitement étudiée.

A peine installés, les « becs à sel » prennent place sur la table, succession de petites mises en bouche toutes aussi créatives les unes que les autres. Puis vint le choix du Menu, le temps de déguster un vin australien conseillé par un jeune sommelier « Noble One Botrytis Semillon de Bortoli 2004″. Surprenant. Le choix est fait. Ce sera le menu Printemps en Vallée du Rhône, en trois services…

Il n’y a pas d’attente, juste le plaisir d’être là. L’entrée est annoncée :  » Tarte d’écrevisses et asperges de « Roques Hautes », jus de carcasses à l’huile d’amande ». On ose à peine y toucher, c’est une multitude de couleurs, de pétales, de goûts différents qui s’éveillent à chaque bouchée. Un chablis pour accompagner tout ça ? Pour moi, ce sera un vin savoyard, minéral et original, loin des classiques certes mais je ne regrette pas mon choix.

Entre deux bouchées de pain maison, aux olives cette fois-ci, la suite arrive avec sa « Raviole safranée aux légumes de la Vallée, épinards et roquette en émulsion ». A ce moment là, vous vous demandez comment le vert peut-être une couleur aussi peu aimée ? L’assiette est flamboyante. Le concassé de légumes est parfaitement assaisonné, la douceur de la raviole cuite à point contraste avec la force poivrée de la roquette. Un délice de finesse !

C’est un verre de Côte-Rotie qui nous rappelle la chance que nous avons de vivre dans une terre viticole aussi riche. Il relève merveilleusement les saveurs du plat annoncé : « Selle d’agneau des Alpes de Haute-Provence cuite au sautoir, moelleux de coco et jus à la moutarde violette ». Cette dernière est une vraie découverte. Tandis que nous savourons la cuisson parfaite de l’agneau de lait et l’originalité des champignons japonais qui l’accompagnent, le directeur adjoint de l’établissement entame un tour de salle. Il vient s’assurer que tout se déroule comme on le souhaite. Il ne saurait en être autrement, vu le dévouement et l’accueil chaleureux qui nous est fait, depuis notre arrivée ici.

Les chariots de fromages nous sont présentés, il sont impressionnants et tout aussi diversifiés. L’occasion de découvrir des saveurs encore inconnues comme la « Comtesse de Vichy ».

Hélas pour nous, toutes les bonnes choses ont une fin. Et c’est un feu d’artifice qui nous attend ! Un dessert tout bonnement hallucinant. « Guariguettes en meringue de dragées, confit de Maras des bois, fraîcheur de Gingembre et citron vert ». Le dressage est millimétré, le sorbet bien en place et les saveurs au rendez-vous, avec en plus une touche personnelle à notre attention pour cette soirée bien particulière.

Les « becs à sucre » clôtureront ce moment magique. Pendant ce temps là, le chef nous salue et nous échangeons quelques mots. D’un coup, j’envie cet homme dont le talent et la créativité ont réussi à me faire voyager le temps d’une soirée, dans un monde de saveurs dont lui seul à le secret. Mais, le héros de la soirée ce n’est pas lui, c’est mon mari. Car je n’aurais pas pu rêver mieux pour cette soirée qu’un dîner étoilé…

Restaurant La Pyramide – 14, boulevard Fernand Point – 38200 Vienne, France

Book2

 

©S.R/reglisseetmarmelade2012

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